Son valet se précipite,avec une nouvelle cape,d'une autre couleur.James s'en va vers le fond de la scène,courbé comme un vieil homme,a petits pas ;va-t-il déclarer forfait ? abondonner ?et bien non !,il revient ,tel le Phoenix renaissant de ses cendres et le jeu se renouvelle ainsi 3 a 4 fois ,devant un public en délire.C'est un véritable rituel convulsif auquel se livre JB qui ressemble étrangement a une scéne biblique,l'homme s'effondrant avant de rescuciter !
JB n'a jamais dissimulé sa passion pour le gospel.Il donnait souvent des concerts dominicaux a l'Apollo,ou musiques profanes et sacrées cohabitaient sur la meme scène.Il intégra meme un orchestre gospel a sa revue en 1966 qui enregistra en version gospel la version de « try me » de JB.
La cote de popularité de JB etant désormais a son apogée;C'est l'occasion d'aborder sa carrière en « live » .
Le public, majoritairement noir,se presse en masse a chacune de ses apparitions. Pee Wee Ellis,saxophoniste et leader de l'orchestre de JB entre 1966 et 1969 se souvient : « Lorsque les gens savaient que JB passait dans leur ville,ils arretaient toute frivolité et commencaient à économiser pour voir le concert »
JB organisait ses tournées tel un chef d'état major.Il établissait précisement ses itinéraires de tournées a l'aide de carte routière.
Ces dernières lui permettaient également de reperer les nouvelles stations de radio qui seraient susceptible de diffuser ses morceaux.
De plus ,il avait a sa disposition un véritable réseau commercial.Il connaissait personnellement tous les disc-jockeys des stationsde radio noires et tous les promoteurs et organisateurs de ses concerts,avec lesquels il a toujours conservé les meilleures relation possibles.
D'ailleurs certains « dj » locaux sont surnommés « représentant officiel de Mr.Brown » ,un titre convoité dans la communauté noire.Ces derniers s'occupent de sa promotion dans les villes petites et moyenens.En contre partie JB leur verse une véritable rémunération légale.En effet,trop souvent des billets étaient glissés dans les pochettes des disques..ce qui éclaboussa l'industrie du disque,désavouant certains artistes lorsque ce phénoméne fut mis a jour .Méticuleux,l'entourage de JB scrute les ondes et la moindre réaction de chacune de ses sorties ou de ses concerts ce qui lui permet d'anticiper et de s'adapter le plus rapidement possible a la demande du public.
L'équipe de JB réserve les salles des semaines a l'avance ,assurant ainsi des spectacles sur les 11 mois d'une année qui n'en compte que 12 !Cette organisation séduit les directeurs de salles,qui apprécient également le fait que sa revue n'est jamais vulgaire et convient a toute la famille.Deux mois avant son arrivée ,la presse locale annonce le spectacle.Et deux semaines avant le concert,l'équipe de JB fait un point sur les ventes de tickets et l'ampleur promotionnel mis en place pour oobtenir de telles ventes.Son jet privé,un bus et un semi remorque,transportant entre 40 et 50 personnes,sillonnent inlassablement le pays.Au milieu des années 60,JB emploiera jusqu'à 80 personnes.C'est ca le JB business ! Pas mal pour un homme qui étant gamin ciré les chaussures des passants.Le voila qui vol en jet-privé !
La carrière de JB ,comme celle de Ray Charles,peut se résumer a la survie d'un artiste noir américain dans l'univers du spectacle américain.
Mais surtout a une réussite largement individuelle,a une discipline draconnienne et a une formidable volonté de transcender toute forme d'obstacle,notamment la pauvreté,la couleur de leur peau et ,dans le cas de Ray,le handicap de la cécité.D'ailleurs il imposera un véritable diktat a ses musiciens ce qui aboutiras au départ de plusieurs d'entre eux.Nous en reparlerons.
Un choriste de JB rapporte : « tout le monde portait ses plus beaux habits parce que James Brown venait jouer en ville ,directement avec un semi-remorque sur le stade municipal.Je me souviens d'une femme dans les 1ers rangs qui portait une nouvelle tenue très élégante et qui concentrait toute son attention sur James.Lorqu'il s'est mis à chanter please,please,please, elle était hystérique.Lorsqu'on a recouvert James de sa 1ere cape,c'était de la folie !Lorsqu'elle a compris que le concert était fini,elle a totalement fondu un fusible.Elle a sauté la barrière,a perdu une de ses chaussures toutes neuves en retombant sur la pelouse.Elle s'est arretée un instant a jeté un regard a ses chaussures ,puis au camion et à James.Il n'yavait pas photo.Elle s'est mise a courir pieds nus derrière le camion ! »



